Témoignage de Aude Pegis, Hospitalière de Laval

En quoi le message de Lourdes peut il nous aider

à vivre notre vocation de baptisé ?

 

Le message de Lourdes est composé par les paroles et les gestes de la Vierge Marie et de la petite Bernadette Soubirous. Il est très proche de l’Evangile par son contenu. Et l’Evangile, c’est bien l’évènement du Salut qui s’effectue dans la vie, la mort et la résurrection du Christ et dont ses paroles donnent le sens. L’appel à la conversion et à la pénitence entendu par la jeune fille, relaie les injonctions de Jésus lui-même.

            Les dix huit apparitions vont permettre à Bernadette de se révéler à elle-même et aux autres dans tout ce qu’elle est et telle que Dieu la voit et la regarde. Ce chemin, chacun est invité à le vivre pour se découvrir à son tour, comme une personne, aimée de Dieu et envoyée en mission dans le monde. « La Vierge nous invite, au nom de son divin Fils, à la conversion du cœur et à l’espérance du pardon » (Pie XII)

Au temps de Bernadette, la grotte était un lieu sale, obscur, humide et froid. C’est pourtant là que la Vierge Marie, signe de l’amour de Dieu a voulu apparaître. Le contraste entre la richesse de Dieu et la pauvreté de l’Homme nous dit bien que Dieu vient nous rejoindre là où nous sommes, en plein cœur de nos vies, en plein cœur de nos misères. Le message de Lourdes est un message Pascal ; la période des apparitions culmine dans la lumière de Pâques, lorsque Bernadette le mercredi 7 avril 1858 tient si longtemps son cierge qu’au bout d’un moment c’est la flamme qui est prisonnière de ses doigts. Elle est devenue cierge pascal, buisson ardent d’un amour qui lui a été transmis.

Au cœur du sanctuaire, de nombreux signes reflétant les dons de Dieu s’offrent à nous et je voudrais commencer par évoquer la Grotte de Massabielle :

Toucher le Rocher représente l’accolade de Dieu solide comme le roc.  « Dieu est mon roc et ma forteresse, mon libérateur, c’est mon Dieu. Je m’abrite en lui, mon rocher, mon bouclier et ma force de salut, ma citadelle ». (Ps 18, 3). Ce signe du rocher dans la Bible et dans la tradition chrétienne est particulièrement riche. En remontant l’histoire, on s’aperçoit que les grottes ont toujours servi d’abri naturel et marqué les hommes.

Marie est bien le cœur de Lourdes et le Christ en est le rocher. Comme disait Bernadette, « la Grotte, c’est déjà le ciel ».

Avant les apparitions, l’eau (2ème signe) est le compagnon bruyant qui passe sous la maison familiale, le moulin de Boly. Ensuite, l’eau apporte le choléra à Lourdes et la maladie pour Bernadette. Enfin l’eau, c’est le gagne pain de la mère qui deviendra lingère. Les gestes de Bernadette durant la 2ème et la 9ème apparition éclairent les paroles de la Vierge : « Allez boire à la source et vous y laver ».

Lors de cette seconde visite à la grotte, Bernadette se munit d’une petite bouteille remplie d’eau bénite ; c’est pour elle une arme contre les démons. A peine arrivée et en commençant son chapelet, la même Dame apparaît ; Bernadette lui jette de l’eau bénite tout en lui disant que si elle venait de la part de Dieu de rester sinon de s’en aller. Au cours de 2ème apparition, l’eau bénite dissout le profane dans le sacré. La Grotte devient un sanctuaire. L’eau bénite métamorphose le lieu sauvage en lieu de rendez vous entre une jeune fille et un être céleste.

Au cours de la 9ème apparition, Bernadette fait mémoire de la Passion du Christ. Cette « nouvelle rencontre » est aux couleurs du Vendredi Saint, elle est centrale (9ème / 18) et cruciale puisque du rocher sombre et vieux va couler la pureté nouvelle. A 6 heures, Bernadette est à genoux, le chapelet dans une main, un cierge allumé dans l’autre, elle commence la prière. Puis elle donne le cierge à sa tante. Elle va se mouvoir, à genoux en direction de la grotte. Elle s’enfonce dans la cavité, gratte le sol, creuse une cuvette de terre, repousse de l’eau par trois fois puis la lape, se barbouille le visage de boue et sort de la grotte pour manger de l’herbe. La foule gronde, Bernadette est un peu effrayante.                                         

            Les gestes de Bernadette sont des gestes bibliques. Dans son corps, par ses gestes, Bernadette vit la Passion – Résurrection du Christ. En mangeant l’herbe, elle fait mémoire de son esclavage passé ; en se recouvrant de boue, elle avoue son péché ; en buvant, elle dit sa foi Eucharistique dans une mort qui conduit à la vie Eternelle ; en signalant qu’elle fait tout cela pour les pécheurs, elle dit sa vocation chrétienne.

Mais au fond du cœur de l’homme blessé par le péché, il ya la vie même de Dieu, signifiée par la source. « Qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; l’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie Eternelle » (Jn 4, 14).

                        J’ai évoqué tout à l’heure le cierge que Bernadette tenait et qui ne cessait de bruler sans la bruler. Permettez-moi d’y revenir :

C’était le 7 avril, jour de la 17ème apparition. Cette flamme entre les doigts de Bernadette nous dit que la jeune fille peut elle aussi communiquer la lumière de Dieu. Marie nous dit qu’elle est ce que nous devons devenir. La Vierge est ici enveloppée de la lumière du Christ, revêtue du Christ.                                                                     

 « Moi, je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres mais aura la lumière de la vie ». (Jn 8,12). A elle  seule, la lumière dit l’immensité de l’amour de Dieu. Ainsi dire que Dieu est lumière, c’est dire l’essentiel. Ce sera notre 3ème signe.

D’ailleurs, à proximité de la Grotte, chaque année, 700 tonnes de cierges brulent sans discontinuer pour tous ceux qui n’ont pas pu ou voulu venir. Un cierge ne remplace pas une prière mais reste néanmoins un signe tangible dont la fumée porte des millions de demandes, d’offrandes ou de remerciements.

Lors de la 13ème apparition, Marie s’adresse ainsi à Bernadette : « Allez dire aux prêtres qu’on bâtisse ici une chapelle et qu’on y vienne en procession ». Tout le monde est venu en procession à la Grotte, tout le monde a prié dans le silence, tout le monde : pauvres, riches, enfants, ménagères, ouvriers et fonctionnaires, politiques, soldats, notables… ; elle nous demande en fait de former un peuple et de partir là où le Christ ressuscité nous précède.                                                                                         Le 4 avril 1864, 200 prêtres et 20 000 fidèles viennent en procession à la Grotte pour inaugurer la statue du sculpteur Fabisch  (Vierge à l’enfant, basilique de l’Immaculée Conception de Lourdes. Marbre de Carrare, hauteur 183 centimètres).

Le rayonnement de Lourdes prend une dimension internationale dès le début du XXème siècle, mais c’est après la seconde guerre mondiale que le monde a surtout besoin de réconciliation. Lourdes et sa Grotte miraculeuse permettent une vie fraternelle où toutes les différences sont surmontées. Elle nous renvoie l’image de l’Eglise universelle. « J’ai vu une foule immense que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes les nations, races, peuples et langues ». (Ap 7, 9)

Je voudrais évoquer maintenant les malades et les hospitaliers, signes qui nous sont chers et qui nous réunissent aujourd’hui :

Que serait Lourdes sans eux ? Ils sont partout et ont partout la première place.

1 succession d’évènements conduit directement à l’Hospitalité :

-         Notre Dame et Bernadette se parlent.

-         Des malades venus à la Grotte guérissent.

-         L’Eglise construit une chapelle pour accueillir tous les pèlerins.

-         Des religieux inventent l’Hospitalité dont ils sont les premiers membres.

-         Des confréries de laïcs à leur suite s’engagent à venir en pèlerins avec des malades.

De génération en génération, cette spiritualité se transmet. La transmission se fait par imitation, par identification, comme la Vierge Marie fait avec Bernadette. L’esprit hospitalier ne s’enseigne pas. Il n’y a pas de discours synthétiques, pas de « choses » à savoir mais une gestuelle répétée et le bonheur de se raconter des petites histoires vécues. Ces histoires révèlent la présence de Notre Dame auprès des corps souffrants, car c’est en eux que l’on contemple le visage du Christ. Il est bon comme elle de demeurer debout au pied de la croix sans plaindre ni se plaindre car pour tous Lourdes est un lieu privilégié pour y rencontrer Dieu et les hommes.

Enfin, le message de Lourdes est essentiellement un appel à la conversion. En effet, au cours de ses apparitions à Bernadette, la Vierge Marie a dit à plusieurs reprises « Pénitence ! Pénitence ! Pénitence ! » et « Priez pour les pécheurs ». Dans la Bible, la pénitence est l’acte de se détourner du péché en se tournant vers Dieu. Se convertir et se repentir constituent le même mouvement spirituel. Le prophète Joël (2,13) le dit : « Déchirez vos cœurs et non vos vêtements (faites pénitence), et revenez à Yahvé votre Dieu (convertissez vous). Faire pénitence, c’est finalement s’associer à la Passion du Christ. Il nous a sauvé sur la Croix et coopérer à l’œuvre du Salut, c’est porter la Croix derrière lui, avec lui.

 Marie insiste sur le fait que le péché est à la racine de tout mal et son message ne fait que reprendre en écho celui de Jésus au début de sa prédication apostolique « Convertissez vous et croyez à la Bonne Nouvelle ». La réconciliation n’est donc pas fictive avec Dieu. La Grotte de Massabielle est un lieu authentique de rencontre et de réconciliation pour notre humanité blessée. A Lourdes, nous pouvons tous ouvrir notre cœur au pardon de Dieu et plonger dans l’eau comme dans l’eau du Baptême, source d’espérance unique en Christ mort et ressuscité. Les chemins de croix deviennent alors de réels chemins de vie.

La Dame dit son nom après trois semaines d’apparitions et trois semaines de silence. Le 25 mars est le jour de l’Annonciation, de la « conception » de Jésus dans le sein de Marie. La Dame de la Grotte dit sa vocation : elle est la Mère de Jésus. Elle est immaculée, habitée par Dieu. Ainsi tout chrétien doit se laisser  habiter par Dieu pour devenir « immaculé », pardonné de façon à être aussi, témoin de Dieu.

            Tout ce développement pour vous assurer de ma conviction profonde : Lourdes est vraiment un lieu d’Evangélisation, un témoignage pour notre temps, car l’histoire spirituelle de Lourdes est bien celle d’un miracle et d’un appel ; un appel auquel des foules entières ont répondu avec comme souci celui d’annoncer la Bonne Nouvelle, de la partager et d’en vivre : l’amour de Dieu pour tous les hommes. Mais ne serait ce pas là la mission de l’Eglise, cette Eglise faite du rassemblement d’hommes et de femmes appelés par Dieu pour continuer l’œuvre du Seigneur ? Ces personnes, nous-mêmes, devenues enfants de Dieu par le baptême.

Voilà notre vocation !

Dans le Nouveau Testament, c’est le Christ ressuscité qui envoie ses disciples jusqu’aux extrémités de la terre.  «Allez de toutes les nations, faites des disciples », Mt 28,18. C’est comme cela qu’une poignée d’hommes est partie partager l’espérance qui les avait transformés. Les disciples sont surs d’une chose : le Christ est ressuscité, vivant et présent au milieu d’eux ; « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps » déclare t il dans l’Evangile de Matthieu et depuis la Pentecôte, ils n’ont plus peur puisque l’Esprit Saint les accompagne.

Disciples, nous le sommes nous aussi et la source du témoignage des chrétiens n’a pas changé : le Christ est vivant et présent à son Eglise. La mission, dont l’initiative ne nous appartient pas, commence donc par un acte de foi en celui qui nous envoie.

Pendant des siècles, l’Eglise ne s’est pas souciée de se définir elle-même. Il a fallu attendre Vatican II pour cela. Les Pères du Concile disent que ce qui compte d’abord pour l’Eglise, ce n’est pas son organisation, c’est que l’Eglise se reçoit de Dieu. Les textes du Concile attachent l’activité missionnaire à la vie trinitaire : « De sa nature, l’Eglise durant son pèlerinage sur la terre est missionnaire, puisqu’elle tire son origine de la mission du Fils et de la mission de l’Esprit Saint selon le dessein de Dieu » Ad Gentes n°2.

La mission n’est pas une activité accessoire de l’Eglise, c’est son existence. Elle nait d’une nécessité intérieure à Dieu. Pour nous chrétiens, prendre part à la mission c’est prendre part au mouvement d’amour de Dieu pour les hommes, c’est accueillir cet amour et bien sur en vivre.

Mais la mission ne consiste pas simplement à annoncer la Parole de Dieu aux autres ; avant d’être une annonce, elle est une conversion. Car si la parole de Dieu interpelle tout homme, elle interpelle d’abord celui qui se déclare chrétien. La mission commence à l’intérieur de nous-mêmes et de nos communautés chrétiennes. En effet, il faut faire l’expérience du Christ pour le faire connaitre aux autres. Quel bel exemple que celui de Lourdes pour évoquer la conversion du cœur, la foi et l’espérance dont chaque croyant peut rendre compte ! Dans le monde qui est le notre aujourd’hui, cela est particulièrement important. La transmission de la foi ne se fait plus de génération en génération.

Enfin, la mission est un témoignage, un engagement même. « Comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21) et « faites cela en mémoire de moi » (Lc 22,19). Ces mots qui désignent l’Eucharistie peuvent désigner les gestes d’amour de Jésus envers les pauvres et les souffrants, envers tous les hommes. Les chrétiens sont invités à refaire les gestes de Salut que Jésus a accomplis car la foi chrétienne se réalise dans la charité, l’amour porté aux autres, dans la révélation de la Parole qui donne sens à la vie, et dans la célébration du dessein de Dieu. On a l’habitude en effet de récapituler l’activité de l’Eglise dans une trilogie : « confesser, célébrer, servir » (dans le désordre, ce qui compte c’est de tenir et d’articuler les 3 ….)

L’annonce de la Bonne Nouvelle se fera par nos vies données, livrées aux autres, dans l’engagement laïc comme dans la vie religieuse apostolique et contemplative. En fait il ne faut qu’une chose : être à l’écoute, se laisser guider et agir avec Dieu…. Comme la petite Bernadette.

Œuvrons tous pour que nos actes parlent Jésus Christ !

 

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